Connaître sa maison

Les éco-constructeurs qui achètent leur terrain et construisent leur maison ont la chance de pouvoir choisir son orientation. Libre à eux de mettre une grande verrière au sud, ombragée par une pergola en été et baignée de soleil en hiver, des ouvertures minimum au nord, un toit végétal, des panneaux solaires...
Mais pour ceux qui rénovent un bâtiment ancien, certains choix sont éliminés d'office. Notre toit est orienté sud-sud-ouest, ce qui fait un ensoleillement nettement moindre que si le toit était plein sud. Des panneaux photovoltaïques ne seraient pas assez rentables.
Au registre de la récupération d'eau, pour cause de mitoyenneté, nos gouttières se déversent chez les voisins, ce qui nous empêche d'avoir un réservoir d'eau de pluie. Ces détails étaient assurément sans importance à l'époque de la construction du quartier. Désormais, il faut s'en préoccuper si nous voulons que chaque maison de France puisse devenir écologique. 

Éliminer les polluants

Avant tout, il a fallu éliminer l'isolation précédante, qui partait en poussière. Polystyrène et laine de verre sont partis à la déchetterie, non sans mal : masques, gants et lunettes de chantier requis, ainsi que de très nombreux sacs poubelle. Pour anecdote, nous pensions avoir désamianté la maison à l'achat, nous avons retrouvé des petits carrés découpées dans des dalles vinyle-amiante qu'un bricoleur avait utilisé pour remplacer les rondelles des clous dans la toiture. Des quantités minimes, mais qu'il faut légalement porter au seul centre d'Île-de-France qui les retraite, à Évry.

Quantités

Nous avons choisi de commencer par isoler le plancher du grenier, en essayant au passage de remplir les murs du dernier étage, pour tester l'efficacité de notre méthode.

Pour 45m2 de surface sur une épaisseur de 20cm, il nous fallait 9m3 de liège, vendu en sacs de 250L.
Ce sont donc 36 sacs de 16kg chacun qui se sont empilés dans le jardin un beau jour d'été.

Du choix de l'isolant

Le choix d'un isolant écologique est un débat ardent. Ouate de cellulose, laine de chanvre, liège, fibre de bois, pour ne citer que les plus courants. Tous ont des qualités et des défauts. Pour notre part, nous avions plusieurs contraintes :
- facilité de mise en œuvre, car nous souhaitions le faire nous-même
- possibilité d'exploiter le vide d'air dans nos murs
- budget raisonnable

Pour ce qui est de remplir l'intérieur des murs avec de l'isolant, il existe des machines qui soufflent la ouate de cellulose dans un caisson et font une isolation uniforme et de qualité. Malheureusement, on ne pouvait louer ce genre de machine pour le faire nous-même. Nous avons donc choisi les granulés de liège, qui nous semblaient le matériau idéal pour faire tomber dans les murs.


Le liège est imputrescible, il isole thermiquement mais aussi phoniquement, ce qui n'est pas négligeable en centre-ville. Sa pose est d'une simplicité enfantine. Sa durée de vie est en théorie illimitée. Toutes ces qualités justifiaient pour nous le prix, qui n'est pas le plus abordable des isolants écologiques.

Isolation par l'intérieur ou par l'extérieur ?

Décider d'isoler sa maison n'est que le premier pas d'une longue série de choix à faire, dans un domaine pas forcément très bien renseigné : malgré le nombre de témoignages sur internet, tous les cas sont particuliers et on se sent un peu pionnier de sa propre méthode.

La première question était : isoler par l'intérieur ou par l'extérieur ?
L'isolation par l'extérieur est la garantie de bons résultats, car elle permet une vue d'ensemble sur la maison, et la certitude d'avoir "bouché tous les trous". Deux problèmes dans notre cas :
- deux de nos murs donnant sur les jardins des voisins, il aurait fallu empiéter sur leur espace (l'isolation par l'extérieur "agrandit" la maison).
- c'est une solution relativement onéreuse.

Nous nous sommes donc orientés sur une isolation par l'intérieur, d'autant plus que nous avions bon espoir d'utiliser le vide d'air dans nos murs pour isoler sans réduire notre espace intérieur.

Ma maison de courants d'air

Nous habitons une maison de 1960, dans la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines. Bâtie à l'époque de l'abondance énergétique, elle est conçue avec une isolation basique et un système de chauffage dispendieux. En voici les principes :

L'isolation de 1960
Il s'agit d'une isolation par l'air, une fausse bonne idée qui a été mise en pratique pendant quelques années. Les murs intérieurs (en brique) et extérieurs (en parpaing) de la maison sont séparés par un vide d'air d'environ 5 cm. Hermétiquement fermé, l'air est un isolant correct. Mais ce vide d'air n'a jamais été fermé hermétiquement. Tout d'abord, il était ouvert sur toute sa longueur en haut des murs, c'est-à-dire dans le grenier. Deuxièmement, des bouches d'aérations à chaque étage laissaient s'infiltrer de l'air froid dans ce vide d'air, créant une circulation d'air froid à l'intérieur des murs et une fuite de la chaleur vers le haut. Les murs de notre maison la refroidissaient en permanence.

Le chauffage de 1960
Comme de nombreuses maisons de la région, il s'agit de l'air pulsé : une chaudière à gaz envoit de l'air chaud dans des conduits de 20 cm de large qui circulent dans les murs intérieurs de la maison. Une bouche d'aération crache cet air chaud dans chaque pièce.
Ce système a de nombreux inconvénients : il est créateur de courants d'air, provoquant de désagréables sensations de froid même à une température raisonnable. Il brasse la poussière. Les conduits d'air chaud prennent beaucoup de place dans les murs, réduisant d'autant la superficie de la maison. Enfin, la plupart des bouches de chauffage sont situées au plafond ; étant donné que l'air chaud monte, il y a une petite difficulté à se chauffer les pieds...

À la construction, les combles étaient complètement vides. Le premier propriétaire de la maison y a mis de la laine de verre au sol, surmontée d'un plancher, ce qui en fait un grenier habitable. Il a également collé des plaques de polystirène sous la toiture pour isoler du vent et de la poussière.
Quarante ans après, la laine de verre était devenue un isolant médiocre (et irritant au contact). Quant au polystirène, il s'effritait et déposait une poussière probablement nocive dans tout le grenier. Il était nécessaire de changer tout cela.